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OFFREJOIE DANS LE QUOTIDIEN LIBANAIS L’ORIENT-LE-JOUR du vendredi 28 juillet

Au-delà des différends politiques ou communautaires, au-delà de la polémique suscitée par l’enlèvement par le Hezbollah des deux soldats israéliens suivi de l’offensive de l’armée de Tsahal au Liban, la solidarité s’organise au pays du Cèdre, menée par les associations. Désormais, on ne se suffit plus de faire parvenir aux sinistrés les produits de première nécessité. Des chaînes se créent pour leur assurer quotidiennement des repas chauds, accompagnés de salades. Dans l’attente d’une centralisation de ces initiatives par une cellule nationale de crise qui regrouperait une soixantaine d’associations œuvrant sur le terrain, et qui devrait voir le jour dans les prochaines 48 heures sous le slogan « Notre union est notre salut », les volontaires se démènent corps et âme pour faire parvenir l’aide alimentaire aux déplacés. « Zoom in » sur une poignée de volontaires durant leur journée au service des autres. Des volontaires de l’association Offre Joie et de l’Université Saint-Joseph qui unissent leurs efforts, parfois au péril de leur vie, pour assurer 1 000 repas chauds quotidiennement et les distribuer aux réfugiés logés dans les écoles.
Dans la cuisine de la faculté de management hôtelier de l’USJ, trois chefs et plusieurs étudiants se sont mobilisés pour la bonne cause. Ils mettent la touche finale au plat du jour qui sera distribué à plus d’un millier de personnes pour le déjeuner : un ragoût de pommes de terre à la sauce tomate accompagné de riz et d’une salade de chou.

Il est 9 heures du matin. Les deux chefs Maroun Chédid et Camille Boulot sont à pied d’œuvre depuis 6 heures du matin déjà. Ils seront rejoints, vers 11 heures, par le chef Joseph Yammine qui prendra la relève pour leur permettre d’aller à leurs travaux respectifs. Le ragoût dégage déjà son parfum odorant. Le riz mijote encore dans les fours industriels de la cuisine. L’on s’accorde une rapide pause-café. Assistés de leurs étudiants, les chefs vident la nourriture dans des conteneurs alimentaires d’une capacité de 50 portions chacun. L’on travaille dans la bonne humeur, rapidement, en silence. L’on s’exécute avec précision.

Motivés jusqu’au bout

Les étudiants, une quinzaine au total, se répartissent les tâches au fil de la journée : l’équipe du matin assiste les chefs, remplit et couvre les récipients, les enveloppe de papier cellophane et fait la vaisselle. L’équipe de l’après-midi lave, découpe, épluche les légumes et prépare les ingrédients pour le lendemain. Chacun donne de son temps en fonction de ses disponibilités. Mais Dunia, Rani, Magali, Maya, Raymond, Judy, Marc et bien d’autres volontaires parmi les étudiants sont fortement mobilisés et assurent une présence quotidienne. « J’en tire une satisfaction personnelle, observe Maya, et je poursuivrai mon action jusqu’au bout, d’autant
que j’acquiers de l’expérience et du savoir-faire. » Rani, qui n’en est pas à sa première expérience en tant que volontaire, met en valeur la cause humanitaire comme motivation principale. Une motivation qui lui apporte, à l’instar de la majorité des bénévoles, une satisfaction personnelle.
Le directeur de l’Institut de gestion d’entreprises (IGE) de l’USJ, Philippe Fattal, qui n’hésite pas à mettre la main à la pâte, lui aussi, explique les modalités de collaboration de l’université avec l’association Offre Joie : « Nous mettons nos volontaires, notre cuisine et notre savoir-faire à la disposition d’Offre Joie. « L’association, qui a eu l’autorisation du rectorat d’entreposer les aides et les vivres dans certains locaux de l’USJ, notamment à la faculté de médecine et dans les sous-sols de la faculté des sciences humaines, nous envoie toutes les matières premières et nous nous chargeons de la préparation des plats et de leur emballage pour
que la chaleur soit conservée et qu’ils résistent au transport », indique-t-il.
À midi, tout est fin prêt. L’équipe de volontaires de l’USJ n’attend plus que les vans d’Offre Joie, mais elle s’attaque déjà à la vaisselle et à la préparation des
ingrédients pour le lendemain.

Midi trente, les volontaires d’Offre Joie arrivent avec deux minibus pour transporter la nourriture. La fatigue se lit sur le visage des jeunes qui ont passé la nuit à vider les camions d’aides envoyés par le prince Turki ben Saoud, grâce à l’intervention de M. Riad el-Assaad, à la frontière nord du pays, à Arida, avant de charger les
marchandises dans des camionnettes. Mais ils redoublent d’efforts pour embarquer les conteneurs et repartir aussitôt vers 6 centres d’accueil situés à Achrafieh,
Clemenceau, Hazmieh et Mansourieh. « Qu’importe notre fatigue, observe Jalal Ghossein, responsable de la distribution des vivres au sein d’Offre joie. L’essentiel est
que ces aides soient distribuées de manière équitable à un maximum de réfugiés. »

Manque de coordination

D’un établissement à l’autre, d’un étage à l’autre, d’une salle de classe à une autre, Élio, Jalal, Nabil, Mohammad et les autres bénévoles, dont de nombreuses femmes, portent les conteneurs encore chauds et se démènent pour que chaque réfugié reçoive son repas, accompagné d’une salade. Les portions sont généreuses.
Les jeunes bénévoles se soucient du degré de satisfaction des réfugiés. « Rien que l’arôme qui se dégage de votre ragoût donne envie d’y goûter », leur répond une dame avec gratitude, réfugiée à l’école Saint-Vincent-de-Paul des sœurs de la charité à Clemenceau. Deux garçonnets expriment tout bas le souhait de manger des frites, provoquant l’hilarité générale, alors que d’autres femmes expriment à demi-mots leur honte de recevoir l’aumône. Mais les volontaires d’Offre Joie les mettent rapidement à l’aise, par un mot gentil, par un geste affectueux. L’on s’enquiert des quantités de pain disponibles. L’on encourage les enfants à aller manger.
Une jeune volontaire promet à une fillette de venir la faire jouer si elle s’alimente correctement. « Nous leur organisons des jeux et des activités éducatives. Il faut bien les occuper », explique-t-elle avec le sourire.
Ce jour-là, une autre association s’était chargée, sans avertir, de distribuer de la nourriture dans cette même école. Les volontaires d’Offre Joie, après avoir effectué les contacts nécessaires, se dirigent alors, chargés de la nourriture restante, vers l’école Amiliyé de Bir Hassan, qui regroupe des centaines de réfugiés. L’arrivée du
minibus provoque la ruade générale, car les réfugiés n’ont pas mangé de repas chauds depuis quelques jours, même s’ils ne manquent pas de produits de première
nécessité.

« Il est indispensable que la cellule nationale de crise soit rapidement créée pour que tous les réfugiés soient pris en charge à égalité et que les erreurs de ce genre ne se répètent pas », observait hier Melhem Khalaf, fondateur d’Offre Joie. « Il est aussi indispensable que davantage de bénévoles se présentent, notamment parmi les réfugiés, car nos volontaires sont à bout et ne tiendront jamais le coup », indiquait également Mohammad Hamadé, président de l’association.
Il est déjà 16 heures. Les bénévoles d’Offre Joie sont épuisés. Mais ils sont heureux d’avoir réussi à porter assistance à plus d’un millier de réfugiés. Il est grand temps pour eux d’aller déjeuner et de prendre un peu de repos avant de reprendre leur harassant boulot. Dans la cuisine de l’IGE, les volontaires préparent encore les ingrédients pour le repas du lendemain. Ils envisagent d’augmenter les quantités pour répondre aux
besoins d’un plus grand nombre de réfugiés et espèrent préparer des desserts, très prochainement.
Le tandem Offre Joie/USJ travaille de pair dans la plus grande harmonie. Il reste à espérer que cette coordination s’élargisse rapidement à toute la société civile, dans
l’intérêt national.

Pour se mettre en contact avec la cellule de crise, contacter la hotline au 04/538308.

Anne-Marie EL-HAGE